RENCONTRE AVEC KEVIN STAUT, UN PRO SOUCIEUX DE L'AVENIR DES JEUNES CAVALIERS

"Je fais partie de la 1ère génération de cavaliers qui a réussi à fonctionner sans avoir des antécédents parentaux dans l’univers équestre."

Entre vos années poneys et maintenant que voyez-vous comme changements ?

Déjà moi j’ai commencé assez tard. Et puis j’étais très grand donc je suis passé rapidement à cheval, mais j’ai quand même une vision de ce qu’était la compétition quand j’ai commencé et ce qu’elle est aujourd’hui. Comme dans tous les niveaux de compétitions, il y a eu une évolution incroyable. Avant, on avait quelques cavaliers qui étaient capables de faire de belles compétitions à poney. Le niveau des championnats par exemple, de France ou régionaux , était relevé mais nous n’avions que deux catégories et maintenant il y en a une quantité… ! De part le nombre et la qualité des cavaliers, l’évolution ne peut être qu’impressionnante. Entre il y a 25 ans et maintenant, il y a un monde, mais c’est comme ça dans toutes les compétitions sportives.

Avec votre regard de pro, pensez-vous qu’un(e) jeune cavalier(ère) talentueux de club peut se faire repérer ?

C’est une question difficile, qu’on entend régulièrement et qui revient dans pas mal de domaines, que ce soit le sport ou le travail. Est -ce qu'il est possible dans une certaine « masse » d’arriver à faire la différence ? Je pense que pour être repéré il faut sortir du lot d’une manière ou d’une autre ; pas forcément par des résultats. En équitation on a la chance d’avoir plusieurs possibilités de se montrer, que ce soit par le côté homme ou femme de cheval, mais aussi le relationnel. Celui qui va vous repérer pour travailler, vous embaucher ou essayer de vous donner votre chance d’une manière ou d’une autre, c’est quelqu’un qui va chercher vos qualités dans votre ensemble. Ok il y a la partie technique. Est-ce que vous êtes un bon cavalier ? Est-ce que ce cavalier en question, même s’il est en club, est un champion potentiel ?  Mais ce ne sont pas les seules questions à se poser. En équitation il y a cette notion supplémentaire à connaître : la gestion d’une entreprise, avec des propriétaires, les relations avec des sponsors, des partenaires. Le/la cavalier(ère) n’est pas seulement l’athlète qui est en piste ; c’est aussi celui qui fait les entrainements et qui gère sa carrière sportive. Tous ces aspects doivent déjà être suggérés chez les jeunes.  Je sais que ça semble très prématuré d’entendre ça quand on a entre 12 et 16 ans, mais il y a des prémices. Donc, par tous ces aspects, il y a la possibilité de sortir du lot, de se faire repérer en club, sans forcement avoir des parents richissimes qui vous donnent la possibilité d’avoir votre écurie très jeune, plein de  poneys, des chevaux, une infrastructure, une logistique formidable autour. On a la possibilité de percer si on est conscient qu’il faut avoir cette vision d’ensemble.

Le métier de cavalier(ère) pro vous demande d’être multi-pass ?

Oui, de plus en plus. On voit que beaucoup de gens montent à cheval, que beaucoup ont un très très bon niveau, ont des soutiens financiers personnels ou extérieurs très importants, de bonnes structures. On a ces bases là maintenant chez un nombre important de cavaliers. Après, il faut arriver à avoir assez de chevaux pour faire de la compétition. On ne se suffit plus d’avoir d’en avoir 3 ou 4 de haut niveau ; il faut aussi arriver à anticiper, à former de jeunes chevaux, former aussi de jeunes cavaliers au sein de notre écurie pour pouvoir justement préparer ces chevaux et avoir une logistique de qualité pour assurer l’avenir. C’est énormément d’anticipation , de stratégie, mais cette partie gestion dans sa globalité est super intéressante !!

Les moyens actuels pour renouveler le vivier français de cavaliers (ères) est-il facilement accessible aux jeunes talents ?

C’est un sport qu’on a essayé de beaucoup démocratiser dans l’apprentissage. Aujourd’hui, l’équipement, un pantalon, un casque, une paire de bottes en caoutchouc pour prendre ses premières leçons, ses premières heures ça, ça va. Le début de la pratique n’est pas tellement plus onéreux qu’un autre sport. En revanche, quand vous vous lancez dans la compétition où il y a un complément de matériel  avec la selle, les filets, plus en général une forme de location, leasing, achat ou copropriété, pour un poney, là on est dans un modèle économique qui est complètement différent de celui avec lequel on débute. Il faut être réaliste, ça peut être un frein pour beaucoup de jeunes qui n’ont pas les moyens financiers au départ de pouvoir être lancés facilement. Malgré ça, il ne faut pas s’arrêter à cette barrière financière.  On a aussi la possibilité de persévérer, de trouver des places dans des écuries pour terminer sa formation , donner un coup de main en travaillant et en échange, pouvoir profiter de l’enseignement de la personne qui gère l’écurie. C’est tout à fait réalisable. Dans ma position, dans mon écurie, je le vois bien : plus on rentre de chevaux, plus on a besoin de personnes pour s’en occuper, pour les monter, pour les travailler. J’ai énormément de propositions de jeunes qui n’ont pas les moyens de prendre des cours avec des cavaliers confirmés, mais qui demandent si, en échange d’un travail,  ils peuvent profiter de conseils. Ce troc existe et  existera encore dans les chevaux parce qu’on a et aura toujours besoin de jeunes qui ont le sens du cheval. Et ça, l’argent ne l’achète pas. Il faut avoir l’amour de l’animal, passer du temps aux écuries, se fabriquer une petite expérience…  L’argent ne fait pas la différence là-dessus. C’est sûr, il faudra trouver des astuces, un chemin différent que celui des enfants qui ont la chance d’avoir un soutien financier au départ. En allant frapper à la porte des grandes écuries pour demander s’il y a un moyen d’entamer une collaboration, il y a énormément de cavaliers qui ont réussi par ce biais là.

Au départ on avait cette dynastie, les Rozier, les Bost, les Delaveaux, qui de père en fils, avaient les infrastructures, les systèmes de travail, les clients et leur richesse était de pouvoir bénéficier de l’expertise parentale. Maintenant ça n’existe plus. Je fais partie de la 1ère génération de cavaliers qui a réussi à fonctionner sans avoir des antécédents parentaux dans l’univers équestre. Aujourd’hui, s’il y a de l’argent au départ, les choses sont plus faciles, mais comme tout ce qui est plus facile au départ, ce n’est pas ce qui permet d’aller le plus loin. Il faudra qu’à un moment donné ces jeunes se retrouvent dans le dur pour avoir ce surplus de motivation qui va faire la différence. C’est sûr, il va falloir être meilleur que les autres, se surpasser ; c’est un apprentissage de vie qui doit être fait assez tôt, et qui oblige les jeunes à trouver des solutions par eux-mêmes. Pour moi, ce n’est pas un désavantage de ne pas avoir cet atout financier au départ.

Avec votre regard international, est-ce que c’est la même façon de fonctionner dans les autres pays ?

Il y a énormément de cas de figures. Si on prend le système américain, sans argent vous ne faites rien ;  il n’y a que des enfants riches qui peuvent monter à poney ou à cheval. C’est un pays qui n’a pas la même culture du cheval que l’Europe. Aux Etats Unis, où il y a une belle équitation,  en Asie, au Qatar, il n’y a que l’argent qui permet de monter. Il y a des pays comme la Belgique, la Hollande ou l’Allemagne qui bénéficient d’un vrai vivier chevaux, via l’élevage. Forcement pour monter tous ces chevaux, il faut des cavaliers et il n’y aura jamais assez de gens qui montent à cheval pour les travailler correctement. Donc, si vous êtes un jeune qui a monté deux fois à cheval dans le village, on vous réquisitionne pour débourrer, travailler un cheval ou un poney. Il y a tellement de chevaux qu’on a besoin de main d’œuvre. En France, on a ralenti l’élevage, il est devenu moins professionnel et donc on a moins de chevaux que de cavaliers. On est donc dans une autre problématique. Plus les pays sont marqués historiquement et culturellement par l’équitation, plus c’est difficile d’y accéder uniquement avec l’argent. Pour la Belgique, la Hollande, l’Allemagne, terre de chevaux, il faut juste avoir un peu de pratique, d’envie, ne pas compter ses heures et vous pouvez monter à cheval. En France, même s’il manque un peu de chevaux, si vous êtes motivés, vous allez trouver l’infrastructure intéressée par votre candidature. On a la chance de pouvoir, par un autre biais,  avoir une carrière sportive dans l’équitation

https://kevinstaut.com/

CL -  Crédit photo FFE/PSV

22-09-2020