2010 - 2020 CES CHAMPIONS DE FRANCE QUI ONT GRANDI - 2

Est-ce qu'un titre change une vie ?

Qu’est-ce qu’un cavalier qui compte ?

C’est être capable d'avoir une vraie relation animal/être humain. Peu importe la discipline, cso, dressage, complet, horseball, etc , il faut  garder en tête que c'est avant tout un sport avec un animal et prendre plaisir aux liens que l’on tisse.

Vous souvenez vous de juillet 2010 ?

Très bien ! C’était à Lamotte, en D élite Ponam (P Elite D en 2020 ndlr).  Sur 94 partants j’ai été quadruple sans faute le jour de mon anniversaire le 6 juillet 2010, j’avais 17 ans !  Nador Pondi, mon poney, était un Connemara alezan crin lavé, qui toisait à 1,50m. Un hongre très franc, avec du caractère sur le plat, la bouche dure mais qui adorait le CSO !  C’est mon père, qui a toujours aimé les chevaux, qui nous a poussé mon frère et moi. Il avait envie de nous voir nous épanouir. Il était fier de nous ; il avait un côté très enthousiasmant et fédérateur donc on l’a suivi sans être forcé. Mon père est mort en 2006. C’est un peu pour lui que j’ai continué.

Il y a quoi dans la tête de cet ado avant d’entrer en piste pour la finale ?

Du stress ! En fait, cette année-là ma saison de Grand Prix a été compliquée. C’était de grosses épreuves, il fallait aller loin pour les concours, ça coûtait cher, j’étais en Première donc je loupais les cours et tout ça faisait que je n’étais pas terrible.  Alors j'ai décidé de descendre de niveau. Plus bas c’était moins technique  donc j'étais plus serein. Et puis c’était ma dernière année à poney.

A la finale, je sais que je suis sans faute. Même si je fais 4 points je gagne car je sais que le second est en 8 points ou quelque chose comme ça. Le barrage c’est entre lui et le troisième. Je me suis dit : « soi tu montes dans le calme, soit au pire tu fais 8 points mais ne sois pas éliminé, ça, ce serait la honte ! » Je relativise, je n’y pense pas trop…  Juste : « ne te trompe pas de parcours, ne te plante pas et compte tes foulées ! ». 

Vous gardez quoi de la remise des prix ?

Un très bon souvenir, mais pas le plus marquant. C’est vraiment quand je passe le dernier obstacle, que j’entends les applaudissements, que je sais alors que je suis champion. La  coupe, la médaille, le flot,  bon oui, mais c'est pas le principal. Je suis complètement à l’ouest, sur mon petit nuage, groggy. Je n’avais pas fait une saison excellente ; je ne suis pas arrivé à Lamotte en me disant je vais gagner. Je garde surtout un choc émotionnel.

Le après se gère comment ?

J'étais très grand, 1,75m, ce qui était trop pour Nador de ce fait j’ai décidé assez vite de le louer, pas le vendre car l’affect joue. Sauf qu'au bout d'un moment, je voyais qu’il avait encore de beaux jours devant lui et c’était dommage de ne pas en faire profiter un autre cavalier. Alors on l’a vendu à Pauline BLANCHER,  qui a fait des Grands Prix avec lui et maintenant il vit sa retraite dans le Sud. Ca a été dur mais ça m'a fait du bien d'arrêter.  En compétition poney, on subit le dernier équipement phare, la pression vestimentaire… Je trouvais tout ça ridicule, je n’étais pas trop là-dedans mais on est obligé d'être influencé, surtout à 17 ans.  Alors j’ai coupé assez net et je suis parti faire une licence d’anglais à Rennes. Je voulais être traducteur interprète. 

Avez-vous hésitez dans le choix de votre parcours scolaire ?

Pas vraiment.. J'ai hésité à passer à cheval mais j'avais très envie de quitter le Finistère et de m'émanciper.  J’ai pensé un moment m’orienter vers l’équitation mais j’ai vu assez rapidement que ma passion n’était pas assez forte pour y engager mon projet de vie. J’avais besoin de découvrir autre chose

Vous faites quoi maintenant ?

Après avoir passé un Master of Science (MSc) en Média International et Management à Dublin, puis un MBA Marketing stratégique à l’Efap Paris, et à nouveau à Dublin un Master of Science (MSc) en Business International, je suis maintenant Consultant en Relations Publiques et Média pour des acteurs de la transition sociale et écologique. Je travaille avec et pour des gens qui ont envie de changer la donne.

Est-ce que l’équitation a eu un impact sur l’adulte que vous êtes aujourd’hui ?

Oui bien sûr !  Elle m’a apporté une vraie empathie pour les animaux et une conscience du temps car ils demandent des soins quotidiens. J’avais envie de progresser, de rendre fiers mes parents, je faisais mes cuirs, je douchais Nador,  je lui mettais les bandes à chaque fois que je rentrais de concours, quelle que soit l’heure et j'ai gardé cette rigueur dans mon job.  J’essaye d’être très carré. Mais cela vient aussi  de l’acceptation de l'échec.  On paye très cher l’engagement, le box, l’hôtel, le transport, l’essence et on se fait éliminer sur le 1 !  Ca met une claque ! Mes parents m’ont appris à relativiser l’échec et m’ont rassuré : «ne t'en veux pas à toi ni à ton poney, sois indulgent avec toi-même ».  Au final je sais que j’ai le droit d'échouer, que je suis humain

Feriez-vous faire de l’équitation à vos enfants ?

S’ils le souhaitent oui,  mais ça fera l’objet de discussions avant. Je pourrais les inciter pour le rapport à l’animal, mais pas pour la compétition. Sauf s’il y a une très grosse passion.  En tout cas je ne les forcerai pas à en faire.  J’ai le recul suffisant pour que ça ne se transforme pas en concours d’égo.

21-04-2020